Paul Riffonneau – Neuropsychologue

C'est quoi le TDAH chez l'enfant ?

Avant de parler de votre enfant, parlons de vous

Si vous lisez cet article, c’est probablement que quelque chose vous questionne. Peut-être depuis quelques semaines. Peut-être depuis des mois. Vous observez votre enfant, vous le comparez malgré vous aux autres, et vous sentez que quelque chose ne colle pas tout à fait sans pouvoir mettre un mot dessus.

Peut-être que l’école vous a fait une remarque. Peut-être que c’est votre entourage. Ou peut-être que c’est simplement votre intuition de parent, cette petite voix intérieure qui refuse de se taire même quand tout le monde vous dit que « ça passera ».

Cet article est écrit pour vous. Pas pour vous inquiéter. Pas pour poser un diagnostic à distance ce serait irresponsable. Mais pour vous donner les repères dont vous avez besoin pour comprendre ce qu’est le TDAH, comment il se manifeste chez l’enfant, et surtout quoi faire si vous avez des doutes.

Ce qu’il faut retenir d’emblée : si vous vous posez la question, c’est déjà une raison suffisante pour en parler à un professionnel. Mieux vaut consulter « pour rien » que passer à côté de quelque chose d’important.

Le TDAH, c'est quoi exactement ?

Le TDAH Trouble Déficitaire de l’Attention avec ou sans Hyperactivité est un trouble du neurodéveloppement. Ça veut dire qu’il est lié à la manière dont le cerveau se développe et fonctionne, et non à l’éducation, au caractère de l’enfant ou à l’environnement familial.

Il touche environ 5 à 7 % des enfants, ce qui en fait l’un des troubles les plus fréquents de l’enfance. Pour donner un ordre d’idée : dans une classe de 30 élèves, il y en a statistiquement un ou deux qui vivent avec un TDAH diagnostiqué ou non.

Concrètement, le TDAH se manifeste par des difficultés dans trois domaines : l’attention (du mal à se concentrer, à suivre une consigne jusqu’au bout, à s’organiser), l’impulsivité (agir ou parler sans réfléchir, couper la parole, ne pas attendre son tour), et parfois l’hyperactivité motrice (un besoin constant de bouger, de se lever, de toucher).

Mais et c’est un point essentiel le TDAH ne se résume pas à un enfant qui « bouge trop » ou qui « n’écoute pas ». C’est un mode de fonctionnement cérébral à part entière, avec ses difficultés, mais aussi ses forces. On y reviendra.

Ce que le TDAH n'est pas

Parce qu’il est aussi important de déconstruire les idées reçues que de comprendre le trouble lui-même :

Le TDAH n’est pas un caprice. Un enfant TDAH ne choisit pas d’être distrait ou agité. Son cerveau traite les informations différemment, ce qui rend certaines tâches qui semblent simples pour d’autres véritablement épuisantes pour lui.

Le TDAH n’est pas le résultat d’une mauvaise éducation. C’est l’une des croyances les plus douloureuses pour les parents, et l’une des plus fausses. Vous pouvez être le parent le plus attentif, le plus structuré, le plus aimant du monde si votre enfant a un TDAH, les méthodes éducatives classiques ne suffiront pas, non pas parce qu’elles sont mauvaises, mais parce qu’elles ne sont pas adaptées à son fonctionnement.

Le TDAH n’est pas un problème d’intelligence. Les enfants TDAH ont une intelligence tout à fait normale, et souvent au-dessus de la moyenne. Le décalage entre leur potentiel et leurs résultats scolaires est d’ailleurs l’un des signaux qui alertent fréquemment les parents.

Le TDAH n’est pas une mode. Il est décrit dans la littérature scientifique depuis plus d’un siècle. Ce qui est récent, c’est qu’on le diagnostique mieux  pas qu’il existe plus qu’avant.

Comment reconnaître les signes du TDAH chez son enfant ?

Chaque enfant est différent, et les signes du TDAH varient d’un enfant à l’autre en intensité, en fréquence et en contexte. Il ne s’agit pas de cocher des cases, mais de repérer un ensemble de comportements qui persistent dans le temps et qui posent des difficultés concrètes au quotidien.

Voici les signes les plus fréquemment observés par les parents, regroupés par domaine.

TDAH chez l’enfant : schéma montrant les deux domaines principaux, inattention et hyperactivité-impulsivité

Du côté de l'attention

Votre enfant a du mal à se concentrer sur une tâche, surtout si elle ne l’intéresse pas. Il peut passer d’une activité à l’autre sans en terminer aucune. Il oublie régulièrement ses affaires, le cahier de texte, la veste, la trousse malgré vos rappels répétés. Quand vous lui parlez, vous avez parfois l’impression qu’il ne vous entend pas, alors qu’il n’a aucun problème d’audition.

Il fait des erreurs d’inattention dans ses devoirs, non pas parce qu’il ne comprend pas, mais parce que son cerveau « décroche » en cours de route. Il a du mal à suivre des consignes en plusieurs étapes. On vous a peut-être déjà dit qu’il était « dans la lune » ou « rêveur ».

Un point important : un enfant TDAH peut être extrêmement concentré sur quelque chose qui le passionne (un jeu vidéo, un dessin, un sujet qui le fascine). Ce n’est pas contradictoire avec le diagnostic. C’est même caractéristique. Le TDAH n’est pas un manque de capacité d’attention c’est une difficulté à réguler où et quand l’attention se pose.

Du côté de l'hyperactivité-impulsivité

Il coupe la parole. Il répond avant la fin de la question. Il a du mal à attendre son tour dans un jeu, dans une file, en classe. Il fait parfois des choses sans réfléchir aux conséquences, ce qui peut le mettre en difficulté avec les autres enfants ou avec les adultes.

Il peut aussi avoir des réactions émotionnelles très intenses : une frustration qui déclenche une colère disproportionnée, une joie qui explose de façon envahissante, des larmes qui arrivent pour ce qui semble être « pas grand-chose ». Ce n’est pas du cinéma. Son cerveau régule les émotions différemment, et ce qui nous semble gérable peut être vécu par lui comme un raz-de-marée.

 

Il ne tient pas en place. Il se lève, il court, il grimpe, il gigote sur sa chaise. Il touche à tout. Il a besoin de bouger, physiquement, comme si son corps ne pouvait pas rester au repos. C’est particulièrement visible en classe ou dans les situations qui demandent de rester assis et silencieux exactement ce que son cerveau a le plus de mal à faire.

Mais attention : tous les enfants TDAH ne sont pas hyperactifs. C’est le piège le plus courant. L’enfant calme, discret, rêveur, qui ne dérange personne celui-là peut avoir un TDAH tout aussi réel, mais passer sous les radars pendant des années parce qu’il ne correspond pas au cliché.

Les trois profils du TDAH : tous les enfants ne se ressemblent pas

Le TDAH n’est pas un bloc uniforme. Il existe trois profils cliniques, et les comprendre change fondamentalement la manière dont on accompagne l’enfant.

Le profil inattentif

C’est l’enfant qu’on décrit comme « dans la lune ». Il est souvent calme, parfois même effacé. Il ne pose pas de problème de comportement en classe, ce qui fait qu’on repère rarement son trouble tôt. Il oublie, il perd le fil, il ne termine pas ce qu’il commence non par désintérêt, mais parce que son attention glisse sans qu’il le décide.

Ce profil est particulièrement fréquent chez les filles, qui sont historiquement sous-diagnostiquées parce qu’elles ne correspondent pas à l’image classique de l’enfant TDAH turbulent. Beaucoup de ces enfants développent des stratégies de compensation silencieuses: elles travaillent deux fois plus dur, s’épuisent, et personne ne comprend pourquoi elles sont si fatiguées ou si anxieuses.

Le profil inattentif est celui qui passe le plus souvent inaperçu, et pourtant ses conséquences sur la confiance en soi et la scolarité sont tout aussi importantes.

Le profil hyperactif-impulsif

C’est le profil le plus visible. L’enfant bouge, parle, interrompt, agit avant de réfléchir. Il est souvent repéré tôt parce que son comportement interpelle l’entourage scolaire et familial. Les remarques fusent : « il ne tient pas en place », « il est ingérable », « il fait exprès ».

En réalité, cet enfant n’a pas choisi d’être en mouvement permanent. Son cerveau ne lui envoie pas le signal « stop » au même moment que les autres enfants. Il agit, puis il réalise souvent trop tard et ça le met en difficulté relationnelle. Avec le temps, il peut développer une image de lui-même comme « le méchant » ou « celui qui pose problème », ce qui est profondément injuste et profondément douloureux.

Le profil mixte

Le plus fréquent. L’enfant présente à la fois des difficultés d’attention et de l’impulsivité-hyperactivité. C’est souvent le tableau le plus complexe, parce que les deux dimensions interagissent : l’inattention complique l’apprentissage, l’impulsivité complique les relations sociales, et l’enfant se retrouve en difficulté sur tous les fronts.

Comprendre le profil de votre enfant est une étape fondamentale. Ce n’est pas une étiquette c’est une boussole. Elle permet d’adapter les stratégies éducatives, de mieux communiquer avec l’école, et surtout de regarder votre enfant avec les bons yeux : non pas un enfant qui « fait mal », mais un enfant qui « fonctionne autrement ».

Pourquoi mon enfant a-t-il un TDAH ?

C’est la question que se posent tous les parents lorsque le sujet du TDAH est évoqué. Et très souvent, derrière cette question, il y en a une autre, plus intime et plus douloureuse : « Est-ce que c’est ma faute ? »

La réponse est claire : non. Et voici pourquoi.

Un cerveau qui se développe à son propre rythme

Chez les enfants qui présentent un TDAH, certaines zones du cerveau en particulier le cortex préfrontal, qui gère la planification, l’attention, le contrôle des impulsions et la régulation émotionnelle se développent plus lentement que chez les autres enfants.

Les études en neuro-imagerie montrent un décalage de maturation de 2 à 3 ans en moyenne dans ces régions. Cela signifie que votre enfant de 8 ans utilise un « logiciel » de contrôle émotionnel qui ressemble davantage à celui d’un enfant de 5 ou 6 ans. Ce n’est pas qu’il manque de volonté c’est que certaines capacités ne sont tout simplement pas encore disponibles dans sa boîte à outils cognitive.

La bonne nouvelle, c’est que ces régions continuent de se développer. Le cerveau TDAH n’est pas « en panne » il est en décalé.

Une composante génétique forte

Le TDAH est l’un des troubles du neurodéveloppement les plus héritables. Les études montrent que 70 à 80 % de la variabilité du trouble s’explique par des facteurs génétiques. Concrètement, 7 à 8 enfants TDAH sur 10 ont au moins un parent ou un proche qui présente ou a présenté des traits similaires, souvent sans avoir été diagnostiqué.

Si en lisant ces lignes vous vous reconnaissez dans certaines descriptions la distraction, l’impulsivité, la difficulté à vous organiser, le parcours scolaire chaotique malgré une intelligence évidente ce n’est probablement pas une coïncidence. Et ce n’est en aucun cas une raison de culpabiliser. C’est une raison supplémentaire de comprendre, pour vous comme pour votre enfant.

Des facteurs environnementaux qui peuvent jouer un rôle

Sans être des causes directes, certaines circonstances de vie précoces peuvent contribuer à l’expression du TDAH ou amplifier un terrain génétique existant :

La prématurité, en particulier avant 28 semaines de grossesse, est associée à un risque accru de troubles attentionnels. Le cerveau du prématuré, encore en construction, est plus vulnérable aux perturbations de son développement.

Les complications périnatales, manque d’oxygène à la naissance, infections, faible poids de naissance peuvent également avoir un impact sur la maturation de certaines structures cérébrales impliquées dans le TDAH.

L’exposition à certaines substances pendant la grossesse (tabac, alcool, drogues) est un facteur de risque documenté. Il ne s’agit pas de moraliser, il s’agit de comprendre que le cerveau en développement est sensible à son environnement chimique.

Le stress maternel important pendant la grossesse ou le stress vécu par l’enfant dans ses premières années de vie peuvent aussi influencer le développement de certaines fonctions cérébrales.

En résumé : le TDAH résulte d’un mélange de facteurs biologiques, génétiques et environnementaux. Ce n’est pas une question d’éducation, pas une question de cadre familial, pas une question de volonté. C’est un mode de fonctionnement cérébral différent, qui mérite d’être compris et accompagné.

Ce que ça fait d'être un enfant TDAH

Pour accompagner un enfant TDAH, il faut d’abord comprendre ce qu’il vit de l’intérieur. Pas la théorie, le ressenti. Parce que la plupart des conflits et des malentendus familiaux autour du TDAH viennent d’un décalage de perception : ce que le parent voit (« il ne m’écoute pas ») et ce que l’enfant vit (« j’ai essayé mais j’ai perdu le fil ») sont deux réalités différentes.

Un monde sans filtre

Le cerveau neurotypique fonctionne avec un système de tri automatique. En classe, il met la voix de l’enseignant au premier plan et relègue le bruit du néon, le stylo du voisin et l’oiseau par la fenêtre à l’arrière-plan. Ce tri est inconscient et ne demande aucun effort.

Le cerveau TDAH ne fait pas ce tri ou le fait mal. Tout arrive au même volume, avec la même importance. La voix de l’enseignant, le néon, le stylo, l’oiseau, la faim, le souvenir du week-end, l’envie de bouger tout en même temps, tout au même niveau. L’enfant ne manque pas d’attention. Il en a trop, et elle va partout.

C’est épuisant. Imaginez passer une journée entière dans une pièce où six personnes vous parlent en même temps et où on vous demande de n’écouter qu’une seule. C’est le quotidien scolaire d’un enfant TDAH.

Le besoin de récompense immédiate

Les recherches sur le TDAH montrent que ces enfants fonctionnent avec un système de motivation différent. Leur cerveau a besoin de retours immédiats et fréquents pour maintenir l’engagement dans une tâche. C’est pourquoi votre enfant peut passer des heures sur un jeu vidéo (qui donne une récompense toutes les quelques secondes) mais ne pas tenir dix minutes sur ses devoirs de mathématiques (où la récompense la bonne note est à des jours de distance).

Ce n’est pas de la paresse. C’est de la neurologie. Son cerveau n’est pas câblé pour l’effort différé de la même manière. Et quand on comprend ça, on arrête de lui reprocher son manque de « volonté » et on commence à adapter l’environnement pour l’aider.

Des émotions à fleur de peau

La dérégulation émotionnelle est l’une des dimensions les moins connues du TDAH et pourtant l’une des plus présentes au quotidien. Les enfants TDAH ressentent les émotions avec une intensité et une soudaineté que les autres n’expérimentent pas. Une frustration mineure peut déclencher une colère explosive. Une remarque anodine peut provoquer des larmes inconsolables. Une joie peut devenir une excitation incontrôlable.

Ce n’est pas un problème de caractère. C’est le même cortex préfrontal  celui qui gère l’attention et l’impulsivité qui gère aussi la modulation émotionnelle. Quand cette zone est en décalage de développement, toutes ces fonctions sont impactées.

Ce que votre enfant aimerait probablement vous dire s’il avait les mots : « Je ne fais pas exprès. Je sais que tu me l’as déjà dit. Mais dans ma tête, il se passe tellement de choses en même temps que j’ai perdu le fil. Et quand je vois que tu es déçu, ça me rend triste. Plus que tu ne crois. »

Pourquoi c'est important d'agir tôt

Le TDAH n’est pas un trouble qui « passe avec le temps ». Sans accompagnement adapté, les difficultés ne disparaissent pas elles se transforment, et peuvent entraîner d’autres problèmes dans leur sillage.

L'image de soi

C’est peut-être la conséquence la plus silencieuse et la plus dévastatrice. Un enfant TDAH qui grandit sans comprendre pourquoi c’est si dur pour lui construit progressivement une image de lui-même basée sur l’échec et l’inadéquation. « Je suis nul », « je suis bête », « je fais tout mal » ces phrases, il ne les dit pas toujours à voix haute, mais il les pense. Et à force de les penser, elles deviennent sa réalité intérieure.

Quand un enfant reçoit un diagnostic et une explication adaptée à son âge, quelque chose de fondamental change : il comprend que le problème n’est pas lui. Que son cerveau fonctionne différemment. Que ce n’est ni une faute ni une fatalité. Cette prise de conscience, à elle seule, peut transformer un parcours.

L'anxiété et les troubles associés

Un enfant qui ne comprend pas ses propres difficultés développe souvent de l’anxiété. L’école devient une source de stress permanent. Les relations sociales, compliquées par l’impulsivité ou la maladresse relationnelle, génèrent de l’isolement. Certains enfants développent des comportements d’évitement, d’opposition, ou au contraire de sur-adaptation ils font tout pour « paraître normaux » au prix d’un épuisement considérable.

Des études montrent qu’un TDAH non diagnostiqué augmente significativement le risque de développer un trouble anxieux, un épisode dépressif ou des troubles du comportement à l’adolescence. Non pas parce que le TDAH les cause directement, mais parce que les années de difficulté non accompagnée laissent des traces.

Agir tôt, ce n’est pas dramatiser. C’est prévenir. Plus un enfant est accompagné tôt dans son parcours, plus il a de chances de développer des stratégies adaptées, une image de soi positive, et de s’épanouir pleinement  à l’école, à la maison et dans ses relations.

Ce qu'on oublie trop souvent : les forces du TDAH

On parle beaucoup des difficultés. Pas assez des ressources. Or, un cerveau TDAH n’est pas seulement un cerveau qui « dysfonctionne » dans certains contextes c’est aussi un cerveau qui excelle dans d’autres.

La créativité. Les enfants TDAH font des associations d’idées que les autres ne font pas. Leur pensée divergente cette capacité à explorer plusieurs pistes en même temps est exactement ce que recherchent les domaines créatifs, artistiques et innovants.

L’hyperfocus. Paradoxalement, ces enfants « distraits » sont capables d’une concentration extraordinaire quand un sujet les passionne. Ils peuvent s’immerger pendant des heures, explorer un sujet en profondeur, et produire un travail d’une qualité remarquable à condition que l’intérêt soit là.

L’énergie. Ce qui est perçu comme de l’agitation est aussi une vitalité hors norme. Canalisée dans le bon contexte le sport, l’art, un projet qui les stimule cette énergie devient un moteur puissant.

La sensibilité. Les enfants TDAH ressentent le monde avec une intensité particulière. Cette sensibilité, quand elle est reconnue et accompagnée, fait d’eux des personnes empathiques, intuitives et profondément connectées aux autres.

La résilience. Grandir avec un TDAH, c’est apprendre très tôt à faire face à l’adversité, à trouver des solutions alternatives, à se relever après un échec. Beaucoup d’adultes TDAH rapportent une capacité d’adaptation et une persévérance qui trouvent leur source dans ces années d’apprentissage « à la dure ».

Accompagner un enfant TDAH, ce n’est pas essayer de le « normaliser ». C’est l’aider à comprendre comment il fonctionne, à développer des stratégies pour les situations difficiles, et à utiliser ses forces parce qu’il en a beaucoup.

Quand et pourquoi consulter ?

Il existe une idée reçue tenace : il faudrait attendre d’être « sûr » pour consulter. Attendre que les difficultés soient suffisamment graves, suffisamment documentées, suffisamment validées par l’école ou l’entourage.

C’est l’inverse qui est vrai.

Vous n’avez pas besoin d’un diagnostic en tête pour prendre rendez-vous. Vous n’avez pas besoin que la situation soit critique. Si vous observez des difficultés persistantes à l’école, à la maison, dans les relations sociales et que votre intuition vous dit que quelque chose mérite d’être exploré, c’est suffisant.

Un premier rendez-vous chez un psychologue spécialisé, c’est d’abord une conversation. Vous décrivez ce que vous observez. Le professionnel écoute, pose des questions, et commence à identifier des pistes. Parfois, cet échange suffit à apaiser les inquiétudes. Parfois, il oriente vers un bilan plus approfondi. Dans tous les cas, vous repartez avec plus de clarté qu’en arrivant.

Le bilan psychologique : comment ça se passe ?

Si un bilan est recommandé, il sera réalisé par un professionnel formé (psychologue pour enfants, neuropsychologue, ou pédopsychiatre). Il comprend généralement une évaluation de l’attention, de l’impulsivité, des fonctions exécutives (planification, flexibilité, mémoire de travail), et un examen des autres pistes possibles car certains troubles peuvent ressembler au TDAH ou coexister avec lui (anxiété, haut potentiel intellectuel, troubles des apprentissages…).

Un bilan n’est pas un examen que l’enfant peut « rater ». Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse. C’est un outil de compréhension une photographie du fonctionnement cognitif et émotionnel de votre enfant à un instant donné. Et cette photographie, c’est ce qui permet ensuite de mettre en place un accompagnement véritablement adapté.

Le diagnostic n’est pas une étiquette. C’est une boussole. Il ne définit pas votre enfant il éclaire son fonctionnement et ouvre la voie à des solutions concrètes.

Après le diagnostic : qu'est-ce qui change ?

Quand un diagnostic de TDAH est posé, plusieurs choses deviennent possibles :

Des aménagements scolaires. Un plan d’accompagnement peut être mis en place avec l’école : temps supplémentaire, placement en classe, consignes adaptées, supports visuels. Ces ajustements, souvent simples, peuvent transformer le vécu scolaire de l’enfant.

Un suivi psychologique adapté. Thérapie comportementale, travail sur les fonctions exécutives, accompagnement émotionnel les approches sont multiples et se choisissent en fonction du profil de l’enfant et de ses besoins spécifiques.

Un accompagnement parental. Comprendre le TDAH change la manière dont on réagit aux comportements de son enfant. Des programmes de guidance parentale existent et sont très efficaces : ils vous donnent des outils concrets pour désamorcer les conflits, renforcer la relation, et créer un cadre qui fonctionne pour toute la famille.

Une meilleure communication familiale. Quand tout le monde comprend ce qui se passe l’enfant, les parents, la fratrie, les grands-parents les tensions baissent, l’empathie augmente, et la dynamique familiale s’apaise.

Si nécessaire, un traitement médical. Dans certains cas, un médecin spécialiste peut proposer un traitement médicamenteux. C’est une option parmi d’autres, jamais une obligation, et toujours discutée en concertation avec les parents. Ce n’est ni un miracle ni un échec c’est un outil supplémentaire quand la situation le justifie.

Et maintenant ?

Si vous êtes arrivé jusqu’ici, c’est que le sujet vous concerne. Peut-être de près, peut-être encore de loin. Dans les deux cas, vous avez fait quelque chose d’important : vous avez pris le temps de comprendre.

Le TDAH n’est ni une fatalité, ni un drame, ni une mode. C’est un fonctionnement cérébral différent qui, lorsqu’il est compris et accompagné, permet à l’enfant de développer pleinement ses capacités, de retrouver confiance en lui, et de s’épanouir.

La démarche la plus importante que vous puissiez faire aujourd’hui n’est pas de tout comprendre ce soir. C’est d’en parler à quelqu’un dont c’est le métier. Un premier échange, sans engagement, pour poser vos questions, partager vos observations, et voir ensemble si un bilan serait pertinent.

Vous n’avez pas besoin d’être sûr. Vous avez juste besoin d’avoir un doute. Le reste, on s’en occupe ensemble.

 

Si vous souhaitez en discuter, vous pouvez me contacter pour un premier échange. Il n’y a aucune obligation, aucun jugement juste un espace pour poser vos questions et commencer à y voir plus clair.

Bader, M. (2024). Introduction. Aider mon enfant avec un TDAH : Favoriser son bien-être et améliorer la qualité de vie de votre famille (pp. 11–17). Dunod. 

Barkley, R. A. (2015). Attention-Deficit Hyperactivity Disorder: A Handbook for Diagnosis and Treatment (4th ed.). The Guilford Press.

Bouvard, M. (2016). Trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité : Approche développementale. Dunod.

Hinshaw, S. P., & Ellison, K. (2016). ADHD: What everyone needs to know. Oxford University Press.